Yovan Morin
Enseignant en Techniques de santé animale
De lire ou d’entendre l’expression « personne enseignante/étudiante » dans l’enceinte de mon institution, pourtant dite de haut savoir.
Et de voir plusieurs de mes collègues adopter béatement cette novlangue, tels des moutons se rangeant bêtement les uns à la suite des autres devant les portes de l’abattoir, me scie les deux jambes.
Certes, cette expression, tirée d’une bible récemment établie pour refondre notre langage institutionnel – langage jugé impur, discriminatoire et non inclusif (air du temps oblige) par un comité réunissant une toute petite frange de nos élites locales bourrée de vertu -, se veut remplie de bonnes intentions, mais quand même… Faut pas charrier. Même si l’OQLF nous y encourage, à charrier…
Cette expression est déshumanisante. Un point c’est tout. Tout comme l’idéologie la sous-tendant.
Disons que dans notre boîte, toujours plus grosse, toujours plus populeuse, toujours plus corporatiste, individualiste, où nos patrons me semblent nous prendre plus que jamais pour des numéros, de la chair à saucisse, ce moralisme lexical imposé est pour moi la goutte qui fait déborder le vase.
Certains me qualifieront de boqué, de conservateur, de réactionnaire, de droite, peut-être même de dangereux pèquenaud vaguement consanguin. Ce que je ne suis pas. Du moins, pas selon ma mère. Qui affirme encore aujourd’hui m’avoir bien élevé et m’avoir fourni la meilleure éducation possible. (Et qui m’assure que mes croisements familiaux furent rigoureusement effectués, selon des préceptes respectables, au fil de toutes mes branches généalogiques ascendantes…)
Je suis humain.
Et je souhaite que ma langue, notre langue, le demeure elle aussi, humaine, vraie, assumée.
Je souhaite par-dessus tout qu’on lui foute la paix.
Tout comme à moi, à nous.
Parce que, j’suis juste pu capable.