Contribution anonyme
Vous l’avez certainement vu, notre Directeur Général a pris la parole dans un article de
La Presse intitulé Plagiat soupçonné à l’épreuve uniforme de français : L’IA cause un
branle-bas dans les cégeps, paru en plein dans notre fin de session, le 12 mai dernier.
Dans cet article, notre institution semble minimiser les ravages de l’intelligence artificielle
(IA) sur la qualité de nos diplômes, alors qu’on aurait pu saisir dans cette tribune
l’opportunité d’alerter le Ministère quant aux dérives folles que nous voyons tous dans
nos classes depuis l’arrivée de ChatGPT, Gemini et cie. Au Département de français,
comme dans la plupart des autres départements, les évaluations ont changé pour
s’adapter aux nouvelles réalités : la plupart des enseignants effectuent les rédactions en
classe à 100% désormais, mais ils constatent de la tricherie dès que la rédaction dure
deux cours, ou même à l’intérieur d’un seul cours, et même en minimisant horriblement
l’accès aux toilettes durant la rédaction… C’est un sujet sérieux, qui demanderait de
toute urgence une réflexion collective, du soutien en classe, et surtout, du soutien en
santé mentale pour les enseignants. Certains collègues devancent leur retraite, d’autres
multiplient les congés ou les anti-dépresseurs… que fait notre institution devant cet état
de fait?
Ce que je vois en classe, ce sont des étudiants performants dégoûtés de voir les autres
tricher autour d’eux. Ce que je vois en classe, ce sont des étudiants qui trichent sur une
base régulière, qui me mentent sans remords, spontanément, à répétition, et qui osent
sans honte contester leur sanction. Ils agissent comme s’ils étaient habitués de gagner
la bataille et d’obtenir des passe-droits par des profs trop épuisés pour déclarer un cas
de tricherie dont la validité serait possiblement contestée.
Alors quand je lis ces paroles de mon patron qui banalise ouvertement cette crise en
disant: « Moi, j’ai tendance à penser que si un étudiant a un langage plus soutenu qu’un
autre, c’est probablement parce qu’il maîtrise mieux la langue et qu’il a la possibilité,
dans sa dissertation, de le démontrer »… j’ai mal au coeur et le moral en berne. Oui,
certains étudiants forts pourraient exceptionnellement être soupçonnés à tort. Mais on
va se le dire, un « excellent dossier académique », ça ne veut plus dire grand-chose en ce
moment alors que l’IA déforme tous les résultats dans le réseau. Alors si ça se trouve,
ces « excellents dossiers académiques » ont été obtenus à force de tricher ou en abusant
des profs sur le bord du burn-out qui ferment les yeux pour survivre. On en est là.
Passer sous silence cette situation ne la fera pas disparaître.