Joan-Sébastien Morales
Enseignant en informatique et président du SEECLG


Bonjour collègues enseignants!

J’espère que vous avez passé d’heureuses vacances! Pour ma part, au travers de quelques escapades dans l’arrière-pays, j’ai pris soin à plusieurs reprises de ma fille adorée. Jeune adulte de vingt ans qui vit sa best life, et faute d’hygiène de vie adéquate, elle chope tous les virus qui lui passent sous le nez. Depuis qu’elle est haute de même je lui parle de la pyramide de Maslow qui hiérarchise les besoins humains. On m’a déjà chuchoté à l’oreille – merci – que le modèle est dépassé, mais je le garde tout de même, car je le trouve joli. À la base de la pyramide : bien dormir, bien se nourrir et bouger. Cette rentrée scolaire, chaotique à quelques égards, m’a fait réfléchir : comment pourrions-nous appliquer le modèle de Maslow à notre collège?

À la base, bien sûr, les espaces physiques: des classes en nombre suffisant, autant de chaises que d’étudiantes et d’étudiants, des horaires cohérents, des espaces de travail adéquats, des appareils numériques fonctionnels – parce qu’un seul projecteur défaillant et toute la préparation fout le camp – et de l’air frais à volonté pour demeurer concentré. J’ajouterais à cette liste l’essentiel soutien logistique pour les idées pédagogiques originales et les activités hors classe portées par des enseignantes et des enseignants enthousiastes et cela, sans devoir se farcir un Compostelle garni d’embûches et de paperasseries. Au-dessus j’ajouterais l’huma… que dis-je, la bienv…. Je n’ose plus utiliser ces mots tant ils ont été vidés de leurs sens. Il faudrait en inventer de nouveaux! Disons pour l’instant que l’on pourrait ajouter un étage à la pyramide, composé de relations de travail saines où se multiplieraient les discussions et les consultations véritables. Ensuite, au-dessus, je placerais l’engagement qui vient automatiquement – ou du moins beaucoup plus facilement –  lorsque l’on se sent porté et valorisé par son institution. Tout au sommet de la pyramide trône bien naturellement la qualité de la formation. Pas celle que l’on réduit à des statistiques, mais celle que l’on aperçoit dans les yeux de l’étudiante ou de l’étudiant traversé par un éclair de lucidité. Que pensez-vous de cette façon de voir les choses? Devrions-nous déployer davantage nos ressources et nos efforts dans les besoins de base de notre cégep?

Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi la volonté de transformation, cette vague de fond sur laquelle surfe l’administration. Encore faut-il se demander en quoi voulons-nous nous transformer. Se transformer pour s’adapter instantanément aux changements de la société? Devons-nous être à ce point perméables aux délires des oligarques de la technologie? Aux pressions toujours plus fortes du clientélisme, de l’individualisme, du consumérisme et du court-termisme? Est-ce que notre institution d’éducation ne devrait pas être un lieu de résistance? Un sanctuaire qui nous protège par ses pierres centenaires, nous donnant l’espace-temps d’une réflexion collective sur la société que l’on souhaite pour nous et pour nos étudiantes et nos étudiants? L’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres. Bien sûr, elle est là, et on ne peut pas l’ignorer, a fortiori parce qu’elle ébranle les colonnes du temple! Trop souvent ai-je entendu  « on ne peut pas remettre la pâte à dent dans le tube »! Tellement qu’il m’est venu à l’idée de créer une machine permettant de remettre ladite pâte dans son contenant. Ça ne doit pas être sorcier! Imaginez quelques engrenages, quelques leviers… Enfin j’aurais un contre-argument béton : oui, c’est possible! Devant la soi-disant inéluctable marche du progrès, il me vient souvent à l’esprit cette boutade que vous connaissez probablement et que l’on attribue, entre autres, à Camil Samson. Je le paraphrase : « nous sommes au bord du précipice, c’est pourquoi il nous faut faire un grand bond en avant! » C’est sur ce point d’orgue un peu grinçant que je vous laisse en vous souhaitant tout de même une bonne session!