Par Éric Montpetit


Les dernières semaines de la carrière de Pierre W Fontaine au Collège Lionel-Groulx ont été marquées par différents hommages témoignant de l’empreinte qu’il aura laissée tant dans nos mémoires que dans celles des étudiantes et des étudiants.

Une particule

Il faut savoir qu’à l’arrivée de Pierre au département de français de notre collège, il y avait déjà un Pierre… Fontaine! Nos étudiants diraient : « Nan… Jure! C’est quoi les chances ?!? » Pour éviter toute confusion, la direction lui a demandé de se choisir une particule. Nous sommes alors au début des années 2000. Un certain W fait parler de lui au sud de notre frontière. Il n’en fallait pas plus pour inspirer notre joyeux drille qui n’en était pas à sa première idée étonnante!

Un prof-artiste

Pierre a multiplié les expériences de toutes sortes avant son arrivée au collège. Directeur d’une troupe de théâtre, préposé aux bénéficiaires dans un hôpital psychiatrique, son champ d’expertise est vaste… Mais c’est à la guitare du groupe folklo-rock-expérimental les Marteaux-Pilons de l’Enfer (un groupe que Claude Rajotte à Musique Plus n’aurait pas dédaigné!) que Pierre et ses compagnons d’alors développent un rapport assez nonchalant avec la rime riche, voire la rime tout-court, comme en témoigne cet extrait de la célèbre « Chip O Ketchup » :

J’presse le sac
Pour qu’il explose
Pour qu’il m’projette
Son arôme

Chip O Ketchup, Chip O Ketchup
Passe-moé-z-en pas une autre sorte
Chip O Ketchup, Chip O Ketchup
C’t’avec ça que je me débloque

On sent bien à quel point Pierre était prédestiné à l’enseignement de la littérature québécoise quand on constate l’influence du grand Michel Tremblay dans l’écriture de ses chansons marquées par la présence de la langue du quotidien, celle des ruelles et des bécyks à pédales…

Une classe-scène

Les étudiants de Pierre ont formé un public à conquérir (bien que captif…). La matière à enseigner : une partition, un monologue à interpréter. On l’imagine avec sa verve hyperactive, sa bougeotte bien à lui, ses gesticulations et son taponnage d’accessoires aussi poétiques qu’un stylo, une efface, un trombone… Imaginons le défi : tenir à l’oral, dans le vif du présent, le rythme des idées qui se bousculent à la sortie, varier les tons, le débit, le volume… Pierre a été une présence bien vivante sur la scène de nos classes!

Un premier héritage : les Golden Groulx

Ne manquant jamais d’ambition, il a voulu avec son collègue Pascal Gemme, faire vivre à leurs étudiant.es la fièvre des planches et celle des grands écrans! Depuis longtemps déjà, l’épreuve synthèse de fin de DEC des étudiant.es de l’option Médias du programme Arts, lettres et communication prend la forme d’un gala dans le grand Théâtre Lionel-Groulx devant une salle de plus de 500 personnes.

Avant de vivre cette apothéose à la fin de leurs études collégiales, les étudiant.es ont écrit des scénarios de courts métrages, les ont présentés à leurs pair.es, ont formé des équipes, se sont réparti les tâches à la réalisation, à la direction photo, à la direction artistique, à la prise de son et au montage. Ils ont consacré tous leurs vendredis de l’hiver, de 8h00 à 16h00, à ce projet en forme de tremplin vers leur avenir. Il faut les entendre crier dans la salle le soir des Golden Groulx!

Un deuxième héritage : le Prix collégial du cinéma québécois

Inspiré du Prix littéraire des collégiens et de celui des lycéens, Pierre a fondé avec d’autres profs du réseau le Prix collégial du cinéma québécois. Depuis 2012, un jury de critiques professionnel.les sélectionne 5 longs métrages et 5 courts métrages qui sont présentés dans tous les collèges de la province où des étudiant.es visionnent, discutent, analysent, critiquent des oeuvres d’ici qui leur parlent du monde dans lequel ils vivent. En 2026, 60 institutions dont des collèges, des écoles secondaires et deux universités états-uniennes ont participé! Xavier Dolan, Stéphane Lafleur,

Sophie Dupuis, Kim O’Bomsawin sont unanimes : le PCCQ est le prix qui les touche le plus!

W à la retraite, vraiment?

Peut-on mettre fin à un tel engagement envers le Collège Lionel-Groulx, ses employé.es et ses étudiant.es? Dans une note qu’il nous a laissée pour nous informer de son éventuel départ, Pierre a ajouté, à la fin : « En passant, c’est écrit sur le formulaire que je peux revenir sur ma décision jusqu’au 12 juin… hé-hé-hé ».

Comme dans un bon thriller, le suspense se poursuit!

Bonne « éventuelle » retraite Pierre!