
Marilyn Charbonneau
Enseignante en Techniques d’éducation à l’enfance et vice-présidente du SEECLG
Aujourd’hui, 1er novembre, 3000 personnes se sont rassemblées pour la Journée du numérique en éducation et en enseignement supérieur, avec une programmation bien remplie de 91 ateliers! Cette initiative soulignant l’importance du numérique en enseignement rassemble des personnes politiciennes, des membres du personnel enseignant, des personnes conseillères en pédagogie, des gestionnaires scolaires et des personnes étudiantes. Pourtant, Bernard Drainville, ministre de l’Éducation, fait mention à deux reprises, en mot d’ouverture, que la journée débute trop tôt. Vraiment, à 8 h 45? Souvenons-nous : l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, surtout quand il s’agit d’éducation et de préparer cet avenir, justement.
Monsieur Drainville a martelé son message : le numérique doit être au service de l’élève et pas l’inverse, et son intégration dans les écoles doit rester éthique et réfléchie. Éric Caire, ministre de la Cybersécurité et du Numérique, n’y est pas allé de main morte, nous rappelant que pour la première fois, l’IA pourrait bien dépasser notre propre intelligence : « Ignorer la technologie, c’est se rendre analphabète ». L’invitation est claire : bien qu’on puisse être dépassés par ces avancées technologiques, on ne peut se cacher la tête sous le sable; elles sont présentes et évolueront toujours plus rapidement que notre capacité à être à jour. Si nous souhaitons les intégrer, il faudra le faire de façon éclairée.
Et notre ministre de l’Enseignement supérieur?
Mais où est donc passée Pascale Déry? Ah oui, encore une absence remarquée pour cette première édition conjointe entre l’éducation et l’enseignement supérieur. Elle délègue sa sous-ministre qui n’a même pas droit de parole au mot d’ouverture. Pour une édition marquante, c’est une belle occasion ratée!
Quelques pas d’avance pour nos collègues de Rosemont et d’André-Laurendeau
Du côté des ateliers, les échanges furent enrichissants, mais souvent déstabilisants sur le plan personnel. On parle des principes et des balises de l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle générative (IAg) du Collège Rosemont, alors qu’on attend encore patiemment, au CLG, la création du comité sur l’IA. Nos collègues sont bien en avance avec des documents d’accompagnement pour son personnel enseignant, guidés notamment par l’autonomie professionnelle et l’intégrité intellectuelle. Il aurait été encore plus intéressant, de mon point de vue, d’inclure un membre du personnel enseignant à la présentation afin d’enrichir la diversité des perspectives et d’élargir la compréhension du sujet.
Pour approfondir la question de l’éthique en IA, des philosophes d’André-Laurendeau se sont démarqués en développant une trousse pédagogique pour former à l’éthique de l’IA, basée sur leur référentiel de compétence. La trousse propose dix activités concrètes à utiliser en classe, passant de la thématique de la publicité à la cybersécurité, en passant par la discrimination et les automatismes numériques. Cette trousse permet une réflexion critique face à l’IAg, pouvant être utilisée dans divers contextes et non seulement en cours de philo!
Acronymes en collaboration ou en confrontation : IA et IA?
La définition du plagiat évolue, notamment avec le potentiel de dérive dans la génération de texte par une IA. Le débat est lancé sur les craintes pour l’intégrité académique (IA) avec l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Oups! Un hasard ou une ironie?

Puisque nous y sommes, pourquoi ne pas illustrer le tout avec DALL-E? Bien qu’il résiste encore au français, le contexte s’y prête bien.
Dans ce dernier atelier aux opinions divergentes, on explore l’utilisation intègre de l’IA (que nous appellerons uniquement intelligence artificielle) à chaque étape du processus d’écriture : la planification, la mise en texte et la révision. Pendant la planification, l’IA peut générer des idées, mais la personne étudiante est responsable de sélectionner et d’organiser elle-même les informations. N’avons-nous pas déjà vécu une expérience similaire avec Google? Cependant, la conférencière, Madame Martine Peters, nuance : si la planification est évaluée (en cours de langues, par exemple), l’utilisation de l’IA compromettrait l’intégrité. En ce qui concerne la rédaction, l’IA ne devrait pas intervenir. La personne étudiante doit approfondir ses connaissances et c’est sa compétence qui doit être mesurée. Écrire développe la compétence de rhétorique, ce que l’IA ne permet pas de développer. En revanche, pour la révision et la correction, l’IA peut être un outil d’appui, tout comme l’est Antidote ou le parent qui corrige le texte de son enfant, tant que cela respecte les objectifs pédagogiques (les cours de langues restent dans le viseur!). La conférencière propose même aux personnes étudiantes de demander à l’IA comment elles peuvent améliorer leur texte plutôt que de demander à l’IA de le corriger, ce qui constituerait une évaluation formative générée par l’IA!
On y travaille avec de nombreuses applications d’IA, toutes plus avancées les unes que les autres. Chacune d’elle peut être exploitée de manière constructive pour favoriser l’évolution des idées, mais peut également servir à simplifier le travail sans réelle réflexion, surtout si plusieurs logiciels sont combinés : Perplexity recherche des articles scientifiques sur un sujet donné, QuillBot paraphrase les auteurs de ces articles et, pour s’éviter la lecture entière, Chat With Any Pdf résume ces articles en quelques lignes. Enfin, ChatGPT peut intégrer l’ensemble des informations générées pour créer un texte structuré à remettre à la personne enseignante.
Est-ce controversé? Bien sûr! Les propos exprimés lors de ce dernier atelier étaient loin de faire l’unanimité parmi la soixantaine de participant.es, mais ils ont tout de même suscité une réflexion (réflexion parfois douce, parfois hostile!). La détection de la tricherie ou du plagiat en lien avec l’IA reste complexe et plus souvent qu’autrement, impossible à prouver. Il y a de quoi réfléchir longuement!
Une journée marquante… malgré les coupures!
Qu’on soit pour ou contre, on ne peut ignorer l’existence des avancées numériques et il importe d’y réfléchir collectivement. Nous utilisons tous, d’une façon ou d’une autre, le numérique (ce que vous faites présentement en lisant ce texte!). Ironie du sort, cette journée survient à peine 11 jours après que notre collège m’ait annoncé la non-reconduction de mon abonnement à une licence informatique « […] étant donné les coupures qui sévissent depuis quelques mois au collège». Coupure qui porte à la réflexion alors qu’on peut lire dans le plan stratégique 2023-2027 du ministère de l’enseignement supérieur que « [l]e financement ministériel des réseaux collégial et universitaire contribue de manière récurrente […] à l’acquisition et au développement de ressources éducatives numériques» (p.24). Eh bien! S’il faut que notre carré bleu suffise pour dénoncer les coupes budgétaires, il nous en faudra un sacré gros! (et je suis loin de ne parler que de numérique ici). Que faudra-t-il pour que l’éducation devienne enfin une véritable priorité collective durable, et non un simple discours qui refait surface uniquement à l’approche des élections?